La bataille centrale: Retrait du projet El Khomri

Publié le par PG67

La bataille centrale: Retrait du projet El Khomri

A Strasbourg: rassemblement Place Kléber le 9 mars à 13h30.

Après les lois Macron et Rebsamen, le projet de loi El Khomri constitue un assassinat de la protection sociale dans ce pays. Voici la loi la plus antisociale de la 5ème République.

Il n’y aurait donc rien à sauver dans ce projet de loi ? La réponse est non.

Pris une à une, les mesures sont autant de coups portés aux salariés : maximum hebdomadaire porté à 60 heures, suppression des onze heures de délai entre deux journées de travail (à quand les dortoirs prévus à côté des lieux de travail ?), facilitation des licenciements économiques, possibilité d’accords d’entreprise permettant de baisser les salaires sans cause économique, recours à un référendum/chantage des salariés (comment caractériser autrement un référendum patronal qui donne le choix entre un PSE ou le retour aux 39 heures ?) pour passer au-dessus d’un refus syndical, etc…

Plus globalement, à l’inverse de la présentation qu’en fait Manuel Valls pour en justifier la casse, le code du travail n’a pas pour fonction de réguler les rapports sociaux dans les entreprises. C’est une protection juridique des salariés du fait de leur lien de subordination à l’employeur. Or cette réforme en change le sens et le rôle. Comme le note une tribune collective, l’utilisation dès l’article 1 du terme « personne » au lieu de « salarié » n’est pas anodin. Il consiste à « effacer les salariés, (soit) ne parler ni des employeurs, ni des pouvoirs patronaux ». Le contrat de travail devient du coup un accord entre personnes supposées égales…

Voilà la justification de la supériorité de l’accord d’entreprise sur la loi. La loi El Khomri consacre en effet l’inversion des normes tant vantée par celui qui n’était alors que le candidat Hollande (Tribune du 19 juin 2011 dans le Monde). Après l’acte 3 de la décentralisation et la volonté de constitutionnaliser la déchéance de nationalité, c’est un coup de plus porté à l’égalité républicaine par le premier ministre et le Président de la République. Dans un contexte de crise où la menace du chômage dégrade encore plus les rapports de force au sein des entreprises, c’est une machine à broyer les protections des salariés.

Il s’agit aussi d’un mauvais coup porté à la productivité du pays. Car enfin… voilà qu’en persévérant dans la voie de la dérégulation sociale on prétend lutter contre le chômage,. Soit exactement la même politique de l’offre que celle appliquée depuis plus de 20 ans en France avec les résultats désastreux sur l’économie. N’en attendons donc aucun résultat sur l’emploi. A l’inverse, comment ne pas voir que le taux de productivité en France, le premier en Europe, est dû en partie à une meilleure protection qu’ailleurs ?

Ce n’est en réalité pas le problème du gouvernement. Cette troisième loi de dérégulation est une réforme « structurelle » de plus offerte à Bruxelles en échange de sa mansuétude vis-à-vis du déficit budgétaire français, on l’oublie trop souvent. Elle est également un cadeau visant à satisfaire les actionnaires des grands groupes et leur meilleur représentant qu’est le MEDEF. On exagère ? Pas pour l’UNAPL, principale organisation des artisans et professions libérales, qui dénonce également la main de l’officine des grands patrons du CAC 40 derrière cette loi.

Par sa radicalité libérale, la loi El Khomri est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Au sein de la majorité gouvernementale et du PS semble se dessiner une ligne de fracture aussi forte que pour la déchéance de nationalité. Gardons cela en tête pour le vote à l’Assemblée nationale même si la droite plébiscite ce texte. Mais le plus important est ailleurs. Pour la première fois depuis 2013, une intersyndicale s’est réunie ce mardi. Elle se revoit le 3 mars pour définir des modalités d’action. Déjà la date du 31 mars a été avancée pour une première mobilisation syndicale d’ampleur. Mais dès le 9 mars, jour du conseil des ministres où sera examiné ce projet de loi, l’UNEF appelle les étudiants à une première mobilisation.

La riposte syndicale est donc commencée. Elle a la priorité. Mais en s’attaquant à l’intérêt général, la loi El Khomri mobilise déjà au-delà et c’est tant mieux. Un collectif unitaire associant partis, plusieurs syndicats et associations programme des meetings et réunions pour décortiquer la loi. Une pétition citoyenne a dépassé, les 900 000 signatures. Cette bataille entre en résonance avec d’autres mobilisations déjà en cours, sociales mais aussi citoyennes. Signe du temps ? Mardi 23 février, l’équipe du journal Fakir qui veut contribuer à la convergence des luttes, après avoir constaté le succès des débats autour du film de François Ruffin « Merci patron ! », a réuni plus de 800 personnes à la Bourse du travail de Paris (les organisateurs en attendaient 300, des centaines n’ont pu rentrer pour des raisons de sécurité). Les participants de cette réunion baptisée « Leur faire peur » ont décidé eux aussi d’appeler à se mobiliser le 31 mars. Les syndicalistes de Goodyear qui suscitent des collectifs de solidarité autour des 8 d’entre eux menacés de prison ferme, font aussi le tour du pays avec le même type de mot d’ordre : « il faut qu’on se retrouve dans la rue, tous ensemble, au même lieu, au même jour, à la même heure » clame leur leader Mickael Wamen.

Oui on peut souhaiter un rassemblement monstre, une marée citoyenne pour faire plier le gouvernement Valls et obtenir le retrait de cette loi du malheur social. Les 9 et 31 mars pourraient en être les premières étapes.

Eric Coquerel
Co-coordinateur politique du Parti de Gauche

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