Die Linke : Renaissance d’un parti de gauche en Allemagne
Dès le début, les militants du Parti de Gauche dans le Bas-Rhin se sont intéressés au parti allemand "die Linke" (1), comme modèle de recomposition d’une gauche antilibérale. Ils ont manifesté ensemble et participé à leurs congrès respectifs. Ainsi, Oskar Lafontaine, ancien dirigeant fédéral du SPD, devenu co-président de die Linke, était présent à Paris au Congrès fondateur du Parti de Gauche en 2009 quand Jean-Luc Mélenchon, Marc Dolez, François Delapierre, Éric Coquerel et bien d’autres jetaient les bases d’un parti situé à la gauche du PS d’alors.
Pour y voir plus clair, vous trouverez en note (2) quelques rappels préalables de dates … et de chiffres (pour la France) :
Quelques années plus tard, le Parti de Gauche ayant choisi JL Mélenchon comme candidat aux présidentielles, le mouvement La France Insoumise fut créée, afin de s’ouvrir à tous les électeurs qui se reconnaissaient dans le programme l’Avenir en Commun. Le résultat fut éloquent, de 11 % en 2012 (Front de gauche), JL Mélenchon a rallié 19,5 % des électeurs en 2017, puis près de 22 % en 2022, grâce au soutien de la France Insoumise.
Le départ à la retraite des députés Die Linke que nous fréquentions, le mode de fonctionnement différent de la France Insoumise ont vu se distendre les liens entre nos partis. Le faible résultat électoral au Bundestag et au Landtag du Bade-Wurttemberg et d’autres facteurs se sont ajoutés pour que la solidarité entre nous soit mise en veilleuse. Comme nous le verrons ci-après, il s’est passé des événements marquants ces deux dernières années pour Die Linke qui pourraient inciter les militants des deux rives du Rhin à se rencontrer et, qui sait, à reprendre les consultations et les actions communes.
Die Linke est un parti traditionnel allemand issu de la fusion en juin 2007 du PDS, héritier du SED est-allemand, et du WASG, créé par les déçus de la politique libérale antisociale du chancelier SPD Gerhard Schröder. Dès 2009, il obtenait 11,9 % des voix et 76 députés lors des élections fédérales, surtout grâce aux électeurs est-allemands restés fidèles aux idéaux et à la solidarité concrète du « socialisme avancé ».
En France, l’année 2009 voyait la création du Parti de Gauche par Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez. Le Congrès fondateur était marqué par la présence de Oskar Lafontaine, co-président de Die Linke. D’emblée, les deux partis se situaient à la gauche du PS français et du SPD allemand. Aucun des deux n’est cependant parvenu à créer de coalitions capables d’accéder au pouvoir national.
Mais la comparaison s’arrête là, car le système fédéral allemand a tout de même permis à die Linke de participer au gouvernement de Mecklenbourg dès 1998, et de se hausser au sommet du pouvoir dans le land de Thuringe, de 2014 à 2024, dans le cadre d’une coalition avec la socialdémocratie (SPD). Et c’est la division interne de Die Linke (départ de cadres et de 60 % des électeurs pour le BSW - cf. la note 3) qui lui a fait perdre le pouvoir dans ce land.
Congrès régional 2021. A cette époque, peu de militants Linke osent soutenir ouvertement la Palestine
Le système électoral français, très particulier dans le cadre d’un régime présidentiel, encourage à la formation d’alliances avant les élections législatives, alors que le système allemand à la proportionnelle permet de former des alliances et de constituer des programmes de gouvernement au vu des résultats. Ce sont les bons résultats obtenus qui ont permis à Die Linke d’entrer au gouvernement de 6 Länder à partir de 1998 et d’acquérir une notoriété de « parti de gouvernement ». Toutefois, le vieillissement des cadres et les dissensions internes, puis le départ de députés nationaux et régionaux et de cadres vers le BSW ont abouti au score de 4, 9 % en 2021 (39 députés). Quelques mois plus tard, en France, Jean-Luc Mélenchon obtenait 22 % des suffrages, la division à gauche l’empêchait de peu de participer au 2e tour des Présidentielles. Die Linke paraissait vouée aux oubliettes. C’était sans compter avec l’action militante de terrain.
Début 2024, l’avenir semblait du côté de la BSW, au moins dans l’Est du pays (15,8 % des votes en Thuringe). Bien représenté dans le milieu syndical, Die Linke subissait paradoxalement la perte d’influence des syndicats. Les membres issus du PDS, héritier du SED est-allemand, disparaissaient du fait de l’âge et leur influence par l’action sociale se faisait de moins en moins sentir dans les régions de l’ancienne RDA.
La jeune génération s’est sentie attirée par l’Alliance de Sarah Wagenknecht qui se voulait plus proche des préoccupations actuelles de la population dans les Länder de l’est, confrontée à l’arrivée de migrants (le million de Syriens accueillis par Merkel et la droite), dans un contexte de chômage important. La direction du parti die Linke n’ayant pu s’accorder avec Sarah Wagenknecht et ceux qui la soutenaient, celle-ci a décidé de créer la BSW (4) et de quitter le groupe parlementaire et le parti en janvier 2024, emmenant avec elle 10 députés die Linke (sur 39). Dans plusieurs länder de l’Est, en septembre 2024, la BSW le dépassait en voix et en députés lors des élections régionales (Saxe, Thuringe, Brandebourg). Mais cette tendance ne s’est pas confirmée lors des élections fédérales de février 2025 : n’ayant pas atteint 5 % des votes, la BSW n’a pu faire son entrée au Bundestag. Alors qu’en juin 2024 elle avait obtenu 5 députés européens, contre 3 pour Die Linke.
(À suivre prochainement : dans une deuxième partie, Les causes d’un nouveau succès, la renaissance de Die Linke, complétée par une troisième, Un immense espoir)
Notes
La plupart des informations sont tirées de www.die-linke.de et de Wikipedia. Voici quelques informations complémentaires :
(1) Article du PG67 sur nos voisins de die Linke, mars 2016 : https://www.pg67.fr/2016/03/le-13-mars-election-du-parlement-dans-le-baden-wurttemberg.html
PDS : Partei der Demokratischen Sozialisten, successeur du Parti Socialiste Unifié (SED) au pouvoir en RDA.
WASG : sigle de « Alternative Electorale Travail et Justice Sociale » créé en 2004 en réaction aux mesures antisociales (Hartz IV) du chancelier socialdémocrate (SPD) Gerhard Schröder.
(2) Pour y voir plus clair : quelques rappels préalables de dates … et de chiffres (pour la France)
- Die Linke a été fondée en juin 2007 (WASG + Linkspartei PDS).
- Le PG (Parti de gauche) est issu d’une dynamique engagée depuis novembre 2008 par la création d’un ʺFront communʺ, qui deviendra le « Front de Gauche ». Le FdG est une dynamique rassemblant le P.G. (en gestation) et le Parti communiste français, un « front » qui s'adresse à tous les partis de gauche qui, en 2005, s'étaient prononcés contre le projet de Traité Constitutionnel Européen (TCE). Le congrès fondateur du PG ne s’est toutefois tenu formellement qu’en janvier 2009 (du 30 janvier au 1er février) à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). Oskar Lafontaine, figure de proue de Die Linke était présent le 28 novembre au meeting de lancement du Parti de Gauche dans un gymnase de l’Île-Saint-Denis. À sa création le PG regarde donc surtout du côté de Die Linke, fondée moins de deux années auparavant.
- Annoncée et ʺcrééeʺ le 10 février 2016, la France Insoumise (LFI) est conçue comme un prolongement/dépassement du PG, devant se constituer en ʺmouvementʺ et non en ʺpartiʺ. La forme LFI s’appuie cette fois sur le modèle de Podemos en Espagne (Podemos = « Nous pouvons ») … du moins tel que se présentait ce mouvement ... avant qu’il ne se fût constitué en véritable parti politique, le 11 mars 2014.
- Préalablement à la formation parti politique, les fondateurs de Podemos se qualifiaient eux-mêmes de ʺIndignadosʺ (indignés), depuis que des dizaines de milliers de protestataires s’étaient rassemblés à Madrid sur la place « Puerta Del Sol ». A partir du 15 Mai 2011 ces "protestatires" formèrent ainsi spontanément le « Mouvement du 15 Mai », engageant notamment la lutte contre la corruption endémique du régime.
- Revenons à la fondation de LFI : Jean-Luc Mélenchon ayant annoncé le 10 février 2016 sa candidature à l’élection présidentielle de 2017, le ʺmouvementʺ de la France Insoumise est lancé en réponse au blocage de la dynamique ʺFront de gaucheʺ. Un blocage dû notamment au fait que le PCF n’a jamais accepté « l’adhésion directe » au FdG (donc sans adhérer à l’un des partis de la « coalition »).
- Jean-Luc Mélenchon s’était présenté pour la première fois à l’élection présidentielle de 2012, parvenant à la quatrième place avec 11,1% des suffrages, et ce sous la bannière du "Front de Gauche".
- Dès 2017 et suite aux 19,58% des votes rassemblés par Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle (mais … toujours en quatrième position, juste derrière François Fillon), la France Insoumise devient un groupe parlementaire suite aux élections législatives qui succèdent à cette présidentielle. Fort de 17 député.e.s qui ont rassemblé près de 2 millions 500 000 voix au premier tour des législatives, LFI se positionne loin devant toutes les forces politiques classées à gauche ou à l’extrême gauche.
- Le groupe parlementaire LFI se renforce nettement en 2022 avec 69 député.e.s, auxquels s’ajoutent deux députés « apparentés LFI », Aymeric Caron et Loïc Prud’homme. LFI forme donc un groupe de 71 député.e.s dans le cadre de la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES) qui compte 151 député.e.s.
- Enfin, avec le Nouveau Front Populaire (NFP), toujours impulsé par LFI, la nouvelle coalition issue de l’élection législative de 2024 va voir cette gauche se renforcer encore avec 195 député.e.s élu.e.s sous sa bannière, gagnant ainsi une majorité relative à l’Assemblée nationale. On sait quelle suite Macron a donné à cette victoire relative ...
(3) BSW : Bündnis Sahra Wagenknecht, « Alliance Sahra Wagenknecht », du nom de l’ancienne présidente du Groupe parlementaire Die Linke au Parlement Fédéral (2015-2019), ayant fait sécession en octobre 2023 pour créer la BSW. Début 2026, elle quitte la co-présidence de la BSW.
(4) Sur la rupture de Sarah Wagenknecht, voir l'article commenté (points de vue divergents), de 2023 :
/image%2F1988364%2F20260614%2Fob_d47e99_francois.png)
/image%2F1988364%2F20260615%2Fob_77bdfb_bodo-ramelow-die-linke.jpg)
/image%2F1988364%2F20260615%2Fob_f4442e_die-linke-et-palestine.png)
/image%2F1988364%2F20260615%2Fob_65194e_sarah-w.png)
/image%2F1988364%2F20260615%2Fob_4ba02d_insoumis-haranguer-la-foule.jpg)