Le vent qui souffle fort … emporte aussi les girouettes !

Publié le par J.C. VAL

Le second tour de l’élection municipale de 2026 à Strasbourg sera serré ; c’est une certitude … et c’est bien la seule ! Qu’on en juge par les additions du report (potentiel) des voix au second tour :

Le vent qui souffle fort … emporte aussi les girouettes !

D'autant que le taux de participation au premier tour a été relativement élevé à Strasbourg (58,13%), contrairement à Schiltigheim (46,10% seulement), à Lingolsheim (47,28%) et encore à Bischheim (48,67%).

Mais à Bischheim le maire sortant, Jean-Louis Hoerlé a été élu dès le premier tour avec 56,20% des voix et … 77 ans. Ce qui n’a pas occulté l’entrée au conseil municipal de « Bischheim populaire » (LFI) avec deux sièges, pour 11,96% des voix. Notons enfin qu’à Lingolsheim, où un seul tour a suffi également à l’élection de la majorité municipale, une liste citoyenne de gauche « Lingolsheim solidaire » emmenée par Philippe Basley enverra donc 2 représentant.e.s au Conseil municipal (35 conseiller.ères) … pour 14,56% des voix rassemblées. Une liste largement impulsée par des militants de la France Insoumise et/ou du PG suite à la première défection, fin décembre, des anciens co-listiers locaux du ʺPs et assimilésʺ. La jeune militante LFI, Assiya Cariou, accompagnera donc Philippe Basley à ce Conseil : elle et lui pourront rendre compte des décisions prises, armés de leur regard critique d’opposition pour la plus grande satisfaction de la population, trop souvent oubliée.

Revenons à la situation à Strasbourg.

Pour une élection municipale, le taux de participation strasbourgeois est relativement élevé quoiqu’encore modeste : 86.357 votants pour une ville de 280.000 habitants, c’est tout de même peu. Ce taux y a toutefois dépassé celui de 2014 (où l'on a enregistré un taux de participation de 49,68% au 1er tour et de 54,72% au second) et même celui de 2008 (54,68% et 56,83%), après l'effondrement de la participation constaté en 2020 (34,37% au premier tour et 36,66 au second). Une défection en partie expliquée par l’épidémie de COVID de 2020 … et les 10 semaines qui ont séparé le second tour du premier (15 mars et … 28 juin !).

Peu de réserves de voix mais … une fusion et une absorption.

À Strasbourg il n'y a donc guère de réserves de voix pour chacune des 3 listes restant en présence après la fusion entre « Strasbourg Juste et vivante » (liste Barseghian) et « Strasbourg, fière et solidaire », la liste conduite par Florian Kobryn et Halima Meneceur. Seconde fusion (en fait une absorption), celle de Catherine Trautmann qui achève son glissement à droite en s’alliant avec la liste conduite par Pierre Jakubowicz, le représentant d’Horizons et du MODEM qui ne pouvait se maintenir sans être ʺappeléʺ, du fait de ses modestes 5,1%.

La gauche ... de rupture, on le souhaite

La gauche ... de rupture, on le souhaite

Notons également que la nouvelle liste fusionnée Barseghian/Kobryn prend symboliquement l’appellation de « Strasbourg, fière, Juste et vivante » remplissant ainsi la première condition d’une fusion, fût-elle simplement « technique ». Mais pour ce qui est des reports de voix au second tour c’est l'enthousiasme plus ou moins grand des électeurs à valider ces rapprochements qui va être déterminant. Or la décision de voter se prend souvent au dernier moment, dans l’isoloir et après moultes réflexions voire hésitations (et n’oublions pas que nous avons toujours revendiqué la pleine prise en compte du ʺvote blancʺ).

Pour contrer les détracteurs véhéments de ces accords je relève tout de même que la recherche d'un accord de second tour est inhérente au mode de scrutin "par listes", avec obligation d'un second tour si absence de majorité absolue au 1er tour. On est donc bien mal venu de dénigrer les listes qui tentent de réaliser ces fusions sur des bases rationnelles ET idéologiques (ou politiques). Pour peu que les clivages, obligatoirement mis en exergue lors de la bataille du 1er tour (sinon comment justifier 2 listes différentes ... qui n'exposeraient quasiment aucun point de divergences si ce n'est de pures batailles d'ego) ne soient pas rédhibitoires au point que l'électeur (rationnel ... et documenté) considère légitimement ladite fusion comme étant "contre nature".

De ce point de vue l’autre fusion annoncée lundi en fin de journée, entre la liste de Catherine Trautmann et celle qu’elle a appelée (n’ayant pas atteint le seuil des 10% elle ne pouvait se maintenir seule) et dont Pierre Jakubowicz assurait la conduite, cette autre fusion pose certainement d’autres problèmes, que les deux personnalités se sont bien entendu empressées de justifier.

 

Catherine Trautmann a failli perdre l’investiture Ps (que ne ferait la direction du parti pour ne pas risquer de perdre une victoire – presque – annoncée !) … mais de toute façon elle n’affichait pas le logo du Ps sur son matériel de campagne, comptant sur ses compétences personnelles, sa notoriété passée et son expérience. En revanche, Pierre Jakubowicz a été désavoué par le parti Horizons (fondé en 2021 par Edouard Philippe). Un parti ʺHorizonsʺ (… limpides ?) qui invite dorénavant les électeurs à voter pour Jean-Philippe Vetter ... pourtant candidat LR : les marqueurs politiques se brouillent et les girouettes s’affolent !

Laissons la parole à Jean-Luc Mélenchon pour apprécier cette sortie de route de Catherine Trautmann :

 

Jean-Luc Mélenchon "A Strasbourg, la candidate socialiste s’est alliée avec la droite pour le second tour des élections municipales.

Nous ne les laisserons pas faire ! La ligne de la gauche, c’est d’être de gauche.

Nous ne soutiendrons jamais ces « grandes coalitions » de tout et n’importe quoi." (https://www.facebook.com/share/1FMthBmDji/)

Deux autres confusions … à défaut de fusion

Mais d‘autres ʺpersonnalitésʺ locales appellent également à voter pour Jean-Philippe Vetter, pourtant clairement identifié à droite. Tout d’abord un ancien conseiller municipal Ps (mars 2008 – juin 2016, Maire Roland Ries) puis député de la 1ère circonscription du Bas-Rhin (mai 2016 – juin 2017, groupe Socialiste, écologiste et républicain, présidé par … Olivier Faure) en la personne de Éric Elkouby. En second lieu, celui qui se revendique ʺdélégué régional du PRGʺ, Thibaut Vinci : au dernier meeting de J.P. Vetter (mardi 16 mars, salle de la Bourse, relaté par les DNA du 17 mars) celui-ci claironne : « Après avoir fait applaudir Thibaut Vinci, du Parti radical de gauche, qui a appelé à voter pour lui, il [Jean-Philippe Vetter] a cédé la place à sa colistière et codirectrice de campagne Irène Weiss pour introduire la soirée. ».

Mais ce n'est pas tout car ce vendredi 20 mars les DNA nous apprennent qu'une mise à jour de la rubrique "ralliement" est indispensable. En effet ...

« Jean-Claude PETITDEMANGE se range aux côtés du candidat LR » (Cf. la rubrique "Vite dit", page 43). Il a pourtant été « adjoint aux finances de Catherine Trautamnn puis tête de liste dissidente en 2001, ancien vice-président de la CUS et ancien conseiller général de Strasbourg [mais il tacle] la candidate arrivée légèrement en tête, [qui] conduit une coalition barroque, s'adonne au culte de la personnalité, proposant comme alternative la femme providentielle ». La girouette doit s'affoler. Difficile pour l'électeur lamda de conserver ses facultés de latéralisation. 

Et pour clore sur cette ambiance tumultueuse, citons encore ce pompon personnel de Julien Odoul (qui écrit sur son compte X) :

« À titre personnel, si j’étais électeur à #Strasbourg, sachant que le #RN n’est pas qualifié pour le 2nd tour, je ferais barrage à la meute #LFI, antisémite et ultra-violente, en votant pour Catherine Trautmann.

On ne transige pas face à la bête immonde de l’extrême gauche ! »

Pas de doute : lorsque le vent souffle trop fort … il emporte aussi les girouettes !

En conclusion : tout va dépendre de l'intensité du report des voix de chaque "côté".

Et là, j'ai la faiblesse de penser que l'accord passé en fin de journée ce lundi 16 mars entre la « liste Barseghian » (Strasbourg juste et vivante) et la liste de « La France Insoumise » (Strasbourg fière et solidaire) emmenée par Florian Kobryn et Halima Meneceur, que cette ʺfusion techniqueʺ est la plus solide. Elle présente en effet l’atout d’une certaine clarté :  cette fusion technique respecte des règles précises, invoquées en particulier par les état-majors de la France Insoumise et qu’a rappelées plusieurs fois notre camarade et ami Eric Coquerel : application de la règle de la stricte proportionnalité des représentations en sièges éligibles (selon une méthode de calcul dite ʺsystème d’Hondtʺ) et maintien d’un groupe municipal distinct au Conseil, ce qui lui permet de poursuivre son parcours politique pour défendre ses objectifs politiques spécifiques.

En l’occurrence des points programmatiques plus radicaux que ceux de la municipalité sortante (ou pour LFI un programme ʺde ruptureʺ, même si le PG aurait été plus loin dans l’audace des objectifs, que ce soit par exemple sur la gratuité totale à l’école primaire ou au collège à tout le moins, ou sur les transports publics et plus encore sur les conditions d’emploi et de rémunération des personnels communaux et intercommunaux et de leur représentation dans les instances de mise en œuvre des décisions politiques prises par les élus).

L’explication de cette fusion raisonnée réside certainement dans le fait que l’équipe sortante (Barseghian), quoiqu’en bonne partie renouvelée pour le mandat à venir a été, il faut bien le dire, désavouée par les électrices et électeurs de Strasbourg. Le score du premier tour parle de lui-même : 19,72% des voix (soit 17.051 voix) … contre 12,03% (10.392 voix) pour Strasbourg fière et solidaire … et un écart négatif de plus de 5000 voix avec la liste conduite par Catherine Trautmann. En outre, dans leur édition de mardi, les DNA insistent sur le fait que c’est la liste ʺTrautmannʺ qui a été en tête dans la majorité des 149 bureaux de vote, y compris dans les quartiers populaires où, a contrario et malgré une percée remarquable en comparaison des résultats de 2020, la liste LFI n’a pas réussi à prendre l’hégémonie.

Toutefois, pour peu que la liste fusionnée sorte dimanche 22 mars en première position (la majorité relative suffira), elle emportera alors la moitié des sièges + 1 (soit 33 pour un total de 65 conseillers municipaux) augmentée de sa proportionnalité des sièges restant à attribuer (soit 32). Et, comme dans d’autres villes où une telle fusion technique a pu être réalisée, la liste Barseghian a strictement respecté ce principe de proportionnalité en accordant 16 places éligibles à la liste « Strasbourg fière et solidaire » pour s’en attribuer 26, sur un total de 42 conseillers municipaux en position éligible. Ce même principe de stricte proportionnalité que la liste de l’équipe municipale sortante de Schiltigheim (l’équipe emmenée par Nathalie Jampoc-Bertrand, Ps) a toutefois refusé d’appliquer pour une fusion avec la liste « Schiltigheim fière et populaire » conduite par notre camarade Marc Baader, qui a rassemblé 11,15% des voix sur leur programme marquant là aussi une belle progression en comparaison de l’élection partielle de 2018, date de leur dernière apparition à l’élection municipale … Une fusion qui pourrait pourtant être bien utile à l’ancienne 1ère adjointe de Danièle Dambach (cette dernière ne souhaitant plus assumer la fonction de Mairesse) pour reprendre le mandat de Maire. La parole est aux électrices et électeurs : « Schiltigheim fière et populaire » ne lâche rien, elle le démontre sur le terrain !

Fusion technique ou rapprochement programmatique ?
Annonce du meeting du 19 mars, Salle Marcel Marceau, Neudorf

Annonce du meeting du 19 mars, Salle Marcel Marceau, Neudorf

Il semble enfin que cette "fusion technique" ... ait été assortie d'une amorce de rapprochement programmatique, reprenant (ou ajoutant) des points essentiels du programme initial de la liste placée seconde dans cette fusion, la liste estampillée ʺFrance Insoumiseʺ.

Là aussi, et sous réserve d’un contrôle plus détaillé (voir la première ébauche ci-dessous) lorsque nous aurons le "nouveau programme", il semble qu'un petit pas (en avant) ait été effectué par Jeanne Barseghian. Mais la certitude de cette volonté viendra plus tard … si son équipe conserve la gouvernance de la ville … sous le contrôle vigilant des élus ʺinsoumisʺ.

On pourra toutefois en avoir une première impression ce soir (jeudi 19 mars à 18h30) dans les prises de paroles des unes et des autres, lors du meeting de second tour de la liste « Strasbourg fière, juste et vivante », au Centre culturel Marcel Marceau, 5 Place Albert Schweitzer, Strasbourg-Neudorf.

(N.B. Cette analyse à chaud n'engage que l'auteur. En aucun cas elle ne peut être considérée comme la parole offcielle du PG67. Mais le débat est ouvert !)

Le vent qui souffle fort … emporte aussi les girouettes !
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