Chronique d’une campagne municipale à Lingolsheim
Lingolsheim, novembre 2025, la tête de liste PS, siégeant dans l’opposition au conseil municipal, annonce aux DNA renoncer à constituer une liste aux élections du 15 mars 2026. Une colistière reprendra-t-elle le flambeau ? Ou bien y aura-t-il désertion devant l’entrée en lice du RN qui fourbit ses armes depuis juin 2025 ?
Interrogés les uns après les autres, les membres de la liste d’opposition, comme s’ils s’étaient passé le mot, affirment tout de go qu’il faut soutenir Catherine, la si bonne maire de droite, dans sa lutte contre le RN qui veut s’implanter dans notre ville.
Le PS déserte Lingolsheim
Oui, c’est bien une désertion, conséquence d’une perte de repères. De compromis en compromissions, les socialistes de Lingolsheim et leurs soutiens semblent avoir oublié toute notion de justice sociale, d’égalité et de fraternité qui les caractérisaient si bien.
Pour les 4 insoumis qui se réunissent début décembre 2025, conscients des 30 à 35 % d’électeurs sur lesquels la gauche peut compter depuis longtemps (15 % pour LFI aux européennes, mais 32 % aux législatives), il est inacceptable de laisser le champ libre à la droite et à l’extrême droite, de priver les électeurs d’un vrai choix. Il est donc décidé de tenter la constitution d’une liste éco-citoyenne, en commençant par demander conseil au PG et aux responsables LFI du département, sans oublier nos camarades militants de la circonscription 4.
Tous nous encouragent.
Des connaissances PS des années 2000-2010, écartées par la liste de 2020, se disent favorables à la constitution d’une liste divers gauche dans laquelle n’apparaîtraient pas nos appartenances partisanes. Fin décembre, chacun des deux groupes annonçait 10 à 12 noms. Un premier tract « Lingolsheim Solidaire » était imprimé, faisant état des premières mesures envisagées conjointement. Les Insoumis ayant concédé, par exemple, des prix de cantine scolaire adaptés aux revenus, comme cela se pratique dans les communes voisines. Et on ne parlerait pas de transports gratuits. Les porte-à-portes commençaient aux Tanneries pour nous faire connaître et rechercher des candidats pour notre liste. Nous étions en confiance.
Le choc
À la mi-janvier, les ex-PS annoncent que nous leur faisons peur et qu’ils se retirent. Avant d’avouer, lors d’un tête-à-tête, qu’ils avaient consulté Catherine Trautmann et reçu de « bons conseils ». Nous étions à nouveau seuls.
Fallait-il arrêter les frais et renoncer ? Il ne restait que deux mois avant l’élection et 5 semaines avant le dépôt des listes. Les chances de succès paraissaient maigres. Nous nous sommes dit : ce que nous faisons maintenant portera ses fruits pour les présidentielles de l’an prochain. Continuons et espérons !
Le coup était rude. Cela ressemblait beaucoup à ce qu’il s’était passé en 2014 et 2020. Cette fois pourtant, LFI s’était considérablement renforcée, grâce aux campagnes menées au niveau de la circonscription 4 en 2022 et 2024 et grâce aux GA très actifs. Nous avions beaucoup de sympathisants dans le quartier des Tanneries et nous étions connus dans les autres quartiers populaires.
Ce contact avec la population nous a donné une force incroyable. Nous étions accueillis avec reconnaissance parce que nous allions vers les gens, non pas pour délivrer un message, mais pour entendre ce qu’ils avaient à dire sur la ville et son fonctionnement, sur ce qui allait bien et sur ce qu’il fallait changer ou améliorer. Parfois, il fallait rassurer, expliquer qu’on faisait cela pour monter une liste de gauche, que l’on cherchait des volontaires pour faire partie de la liste. Notre programme serait ce qu’ils voulaient voir changer dans la ville.
Les premières signatures arrivaient lors des porte-à-portes de 17 h 30 à 20 h, 5 jours par semaine.
Puis, la maire de droite est entrée dans l’arène, nous accusant sur sa page Facebook à demi-mot d’être les complices de l’assassinat de Quentin Deranque. Il fallait oser ! Une réponse cinglante a remis les pendules à l’heure, par le rappel de la responsabilité de ses amis politiques dans la situation de pauvreté d’une part importante de la population lingolsheimoise.
Élection de la tête de liste
Puis est arrivée la réunion publique du 9 février, durant laquelle des soutiens de la maire sortante sont montés au créneau, révélant notre manque de connaissance des dossiers. C’est aussi au cours de cette réunion que J.-C. Val, du PG, nous a montré, statistiques à l’appui, que l’afflux d’une population nouvelle (+ 5 000 habitants en 10 ans) pouvait nous amener au 2e tour, pourvu que nous parvenions à les convaincre d’aller voter.
Nous avions fonctionné jusqu’alors de manière collégiale. Pour l’État, il fallait cependant une tête de liste. Les 24 inscrits à ce jour ont donc voté à bulletins secrets et c’est Philippe, 72 ans, très engagé dans l’éducation populaire à Lingolsheim et à Schiltigheim, qui a été élu. Ses relations dans ces deux communes ont permis de clore la liste juste à temps, quinze jours plus tard.
L’écriture du programme a donc eu lieu durant l’avant-dernière semaine de la campagne. Des versions provisoires avaient circulé durant le mois de février, toujours constituées des doléances recueillies lors des porte-à-portes. La centaine de points retenus ne constituait pas pour autant un programme à appliquer, mais des suggestions à soumettre aux futurs comités de quartier et aux assemblées thématiques. Car ce sont ces instances démocratiques qui soumettraient au conseil municipal les sujets à débattre et les décisions à adopter.
Résultats et leçons à tirer
Le petit résultat obtenu le 15 mars (env. 15 %) s’explique en premier lieu par le fait que notre électorat de 2024 ne s’est pas déplacé : nous avons à peine atteint le score des européennes. Notre concurrent RN a fait beaucoup moins bien qu’aux européennes, alors que la maire sortante atteignait les meilleurs scores de la droite à Lingolsheim, pour une participation légèrement au-dessus des 50 %.
Dans les bureaux de vote où la candidate LFI de 2024 avait dépassé les 50 %, nous ne faisions que 20 à 25 % pour une participation tout aussi faible. Campagne trop tardive ? Argumentaire peu convaincant ? Désintérêt pour les élections locales « qui ne peuvent pas changer grand-chose » ? Satisfaction de la gestion actuelle ? Peur de perdre le peu que l’on a — le mieux étant parfois l’ennemi du bien ?
Nous devons reconnaître que Madame la maire avait mis le paquet ces deux derniers mois dans le quartier des Tanneries : embellissement des parcs de jeux, réunions sur l’utilisation de la future conciergerie et recueil des suggestions des habitants, augmentation du nombre de poubelles et nettoyage renforcé de la voirie. Présence très visible de la police en journée.
À cela, nous ne pouvions opposer que des promesses. Tout ce qui avait été obtenu les années précédentes (méthode Alinsky) par des pétitions et la mobilisation des habitants a été présenté par la mairie comme étant le résultat de son action. Même l’installation de panneaux de libre expression que nous avons réclamée par lettres au cours des 15 dernières années, c’est l’œuvre de la mairie, bien entendu. Et il n’y figurait que l’affiche de la maire sortante, maternelle et rassurante.
Bilan
Cette campagne éclair aura montré:
- la nécessité de commencer la campagne plus d’un an à l’avance et de bien connaître les dossiers
- l’utilité d’un fort ancrage local dans le monde associatif, ce qui nous a partiellement manqué
- les limites de l’amateurisme dans la communication, que la sincérité et l’authenticité ne peuvent compenser, car nous n’avons vu « que » 600 foyers sur les 9 500 de la commune, les autres n’ayant que nos tracts et professions de foi pour nous connaître.
mais aussi
- la possibilité de monter une liste en moins de deux mois et d’obtenir deux places de conseillers d’opposition pour des jeunes qui se formeront aux responsabilités de gestion communale et porteront haut les couleurs de Lingolsheim Solidaire
- l’amabilité de la quasi-totalité des personnes surprises chez elles le soir et disposées à nous confier leurs problèmes du quotidien, à l’improviste, sur le pas de la porte
- la promesse d’avenir de la part de cette douzaine de militants, majoritairement jeunes et convaincus que l’on peut changer la vie en mieux. Merci à chacun de vous.
- l’espoir que cette campagne de janvier-février 2026 aura un impact positif sur l’élection présidentielle de mai 2027.
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